News


Interview
Entretien avec... Eric Herson-Macarel
Entretien avec... Eric Herson-Macarel Interview de l'homme qui prête sa voix à Daniel Craig dans la version française de Casino Royale, Eric Herson-Macarel.

A l’occasion de la période "Casino Royale", notre correspondant François Justamand (La Gazette du doublage) a contacté - non sans quelques difficultés - le comédien français Eric Herson-Macarel qui prête sa voix et son talent à Daniel Craig dans ce film. Il n’a pas souhaité répondre à nos questions sur son travail dans ce nouveau James Bond car il dit ne pas aimer parler de doublage...

Toutefois, il avait répondu aux questions en 2002 au moment de la sortie du précédent Bond, Meurs un autre jour, dans lequel il doublait le personnage de Gustav Graves, le méchant du film. C’est cet entretien très intéressant que nous vous présentons maintenant.


La Gazette du doublage : Comment êtes-vous devenu comédien ?

Eric Herson-Macarel : Je suis né en 1964 à Paris. Je suis devenu comédien d’une façon très délibérée ; cela ne s’est pas fait par hasard. Je ne suis pas du tout issu d’une famille d’artiste. C’est uniquement venu d’un désir personnel.

Au départ, j’avais commencé des études en histoire de l’art puis je me suis dirigé vers un cours de théâtre. A la sortie, j’ai eu la chance d’être engagé pour un téléfilm dont j’avais le premier rôle. Un vrai conte de fée !

C’était un téléfilm de 6 heures pour TF1 qui, à l’époque, était encore une chaîne publique, puisque c’était en 1983. C’était un très beau téléfilm qui s’appelait « la dictée ». Cela racontait l’histoire d’un instituteur rural au 19ème siècle. C’était un peu l’illustration de l’épopée de l’école publique à la fin du 19ème siècle dans les campagnes françaises. C’était réalisé par Jean-Pierre Marchand avec qui je suis resté très ami d’ailleurs.

C’était mon premier rôle. Je ne m’étais jamais trouvé devant une caméra avant et c’était donc, un peu, un conte de fée. Ensuite, le revers d’un grand rôle, c’est qu’il faut maintenir le niveau et ce n’est pas toujours le cas.

Par la suite, les choses se sont, quand même, plus ou moins enchaînées- la preuve, c’est que je suis toujours là pour en parler - mais pas forcément à un rythme aussi miraculeux qu’au début.

Depuis, j’ai divergé dans mes options. Je me suis d’abord beaucoup plus orienté vers le théâtre. Finalement, j’ai relativement peu tourné après ce premier rôle mais je l’ai tout de même fait avec Bertrand Tavernier à plusieurs reprises et avec Marcel Bluwal à la télévision mais j’ai surtout travaillé au théâtre.
 

La Gazette du doublage : Comment êtes-vous arrivé dans le doublage ?

Eric Herson-Macarel : Je suis arrivé dans ce milieu grâce au théâtre. Je jouais au théâtre avec un bon comédien qui était nettement plus âgé que moi : il s’appelait Hubert Noël et est décédé d’ailleurs depuis. Il faisait énormément de doublages en tant que comédien (il a souvent doublé Tony Curtis et Elvis Presley, NDLR) et directeur artistique. C’est lui qui m’a fait démarrer sur un de ses plateaux.


La Gazette du doublage : Quel a été votre premier grand rôle à la synchro ?

Eric Herson-Macarel : Au début, j’ai commencé par des petits rôles puis, assez vite, j’ai doublé des rôles plus importants. Mon premier grand rôle à la synchro a été pour le film Good Morning Babylone (1987) des frères Taviani. C’est sur les studios d’Hollywood, en 1916, au moment du tournage du célèbre film Intolérance. C’était de la fiction évidemment...

J’étais très impressionné, d’abord pour cette raison et ensuite parce que les frères Taviani étaient présents sur l’enregistrement du doublage pour le superviser.


La Gazette du doublage : Par la suite, quels genres de personnages avez-vous doublés ?

Eric Herson-Macarel : Je suis souvent habitué à doubler des rôles de méchants. Soit on me confie des méchants, soit des fous (rires)... Je ne sais pas à quoi cela tient. Il faudrait le demander aux gens qui m’emploient. Les voix graves comme la mienne, cela doit impressionner. Je n’ai pas du tout la voix de mon physique, qui corresponde à mon visage. Approchant la quarantaine (en 2002, NDLR), cela doit se stabiliser mais pendant longtemps, cela m’a porté préjudice. Les décideurs qui me voyaient me conviaient à un casting pour jouer des ados. J’ouvrais la bouche et ils me disaient : « Au revoir monsieur ! ». J’ai une apparence physique beaucoup plus jeune que ma voix.


La Gazette du doublage : Comment avez-vous été choisi pour prêter votre voix au personnage de Graves dans Meurs un autre jour ?

Eric Herson-Macarel : Au départ, j’ai été contacté par Jean-Pierre Dorat (le directeur artistique du doublage, NDLR) pour doubler la bande-annonce. J’ai été convoqué sans essai, car comme souvent, malheureusement, c’était dans l’urgence. Il se trouve que je connais très bien Jean-Pierre, qui est un ami, et avec qui je travaille assez régulièrement.

Je crois savoir que la bande-annonce a servi, en quelque sorte, d’essai pour les clients américains ; pas officiellement, mais je pense qu’ils ont été invités à s’exprimer sur la pertinence des voix. Donc apparemment, ma voix n’a pas fait obstacle et c’est comme cela que j’ai enregistré le film ensuite.


La Gazette du doublage : Que pensez-vous de ce personnage de méchant ?

Eric Herson-Macarel : Je vous avoue que je n’ai pas une grande culture des films de James Bond ; j’en ai peu vu. Je ne saurais pas comparer Graves avec d’autres méchants de la série.

Par contre, je pense que ce n’est pas le meilleur méchant que j’ai doublé dans ma carrière, mais l’acteur est très bien. Il est suffisamment élégant et pervers comme sont les vrais méchants mais je trouve qu’il lui manque une vraie épaisseur en tant que personnage mais cela est sans doute plus lié à la façon dont est construit le film en lui-même.

Par contre, la transformation de Moon en Graves est une bonne idée. En effet, c’était sur ce point que planait le secret de l’histoire.

Mais je reconnais que cela m’a plus amusé de doubler le méchant de Spider-Man (le bouffon vert, NDLR) car il a une double facette : une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Comme je doublais les deux, cela permettait un jeu intéressant. En plus, l’acteur qui interprète ce personnage, Willem Dafoe, est pour moi un des plus grands acteurs existants. L’acteur qui joue Graves (Toby Stephens, NDLR) est très bien mais c’est juste un bon acteur, point.


La Gazette du doublage : Avez-vous des anecdotes sur le doublage du film ?

Eric Herson-Macarel : Initialement, il a été question que je double également le colonel Moon au début du film où il parle en coréen. Jean-Pierre (Dorat) m’a même appelé à ce sujet en me demandant si je me sentais capable de jouer dans cette langue. J’ai donc enregistré des phrases en coréen. Mais au dernier moment, cela a changé. Jean-Pierre m’a rappelé juste avant l’enregistrement pour me dire que je ne doublais plus le colonel Moon. Les responsables de la Fox ne voulaient surtout pas que l’on puisse deviner que Moon et Graves sont, en fait, la même personne. Ils ont décidé alors de le faire doubler par deux comédiens différents. C’est Jean-Pierre Michael qui a prêté sa voix au colonel Moon au début du film, et puis, la métamorphose faite, c’est moi qui ai pris le relais.

Malgré tout, même chez le personnage de Graves, il y avait des phrases en coréen à dire. Pour m’aider dans ce travail, il y avait sur le plateau un coach qui travaille comme attaché culturel à l’ambassade de Corée à Paris. C’est un homme charmant qui m’a appris à dire les mots et les phrases en phonétique. Il nous donnait le sens des phrases. Parfois même, il faisait des petites rectifications du texte parce que lui, en tant que coréen, a décelé que certains acteurs du film, soit disants coréens, ne l’étaient peut-être en réalité. En effet, il avait repéré que telle ou telle expression était plus vietnamienne que coréenne. Evidemment, avant qu’il ne vienne sur le plateau, personne ne s’était aperçu de cette subtilité.

C’était la première fois que je me retrouvais à enregistrer en coréen ! J’ai doublé tout mon rôle en une journée car j’étais seul au moment du doublage. Tout était en enregistré en « track » (sur piste individuelle, NDLR).

La partie de Jean-Pierre Michael a été enregistrée peu de temps avant la mienne car l’idée était de doubler le film dans l’ordre chronologique. Dans ce cas, c’est plus facile lorsqu’un doublage se fait avec un seul comédien à la fois.


La Gazette du doublage : Savez-vous pourquoi le doublage s’est fait en « track » ?

Eric Herson-Macarel : Lorsque j’ai posé la question de savoir pourquoi le doublage se faisait en « track », on a évoqué des raisons techniques. On m’a dit que le mixage allait se faire à Londres et que les techniciens anglais aiment bien avoir toutes les pistes séparées pour pouvoir faire ensuite le mixage plus facilement. Logiquement, il y a autant de « pistes » que de comédiens.

Par contre, pour un comédien, c’est plus difficile de jouer lorsque l’on est seul car on ne donne la réplique à personne.

Souvent, on évoque comme argument pour enregistrer de cette façon lorsqu’il y a une conversation téléphonique, par exemple. Lorsque l’on entend un interlocuteur et la voix un peu déformée au téléphone de son correspondant. En général, les ingénieurs du son préfèrent enregistrer sur pistes séparées pour pouvoir ensuite les mixer séparément.

D’ailleurs, à ce sujet, je viens d’enregistrer un autre film, magnifique d’ailleurs, qui s’appelle Phone Game de Joel Schumacher avec Colin Farrell et qui va sortir en février (2003).

C’est l’histoire d’un homme (Colin Farrell) qui est coincé dans une cabine téléphonique par un tueur embusqué (Kieffer Sutherland) dans un des immeubles aux alentours et que l’on aperçoit, à peine, à la fin du film. Le tueur l’empêche de sortir et le force à « déballer » toute sa vie...

Evidemment, je doublais le tueur, pour changer... L’ingénieur du son (Thomas Lafforgue, NDLR) a réussi à nous faire enregistrer ensemble, l’autre comédien et moi alors que dans le film, nous sommes chacun au téléphone !

Il a aménagé le studio de façon particulière afin qu’il y ait deux micros ouverts en permanence, qui n’interfèrent pas l’un par rapport à l’autre.

Le fait que j’ai pu donner la réplique à l’autre comédien (Boris Rehlinger doublait Colin Farrell, NDLR) a été d’une qualité incomparable au niveau du jeu d’acteur.

Pour le James Bond, je regrette de ne pas avoir donné la réplique à Emmanuel Jacomy. J’ai travaillé avec lui sur Thomas Crown dans lequel je doublais l’inspecteur, et lui, bien sûr, Pierce Brosnan.


La Gazette du doublage : Puisque vous semblez habitué à doubler des rôles de méchant, quel est celui que vous avez préféré doubler ?

Eric Herson-Macarel : Mon préféré est celui de Phone Game. En plus, c’est la première fois que je double un personnage que l’on ne voit pas à l’écran. C’est plus facile pour la synchro mais comme il n’y a pas le support de l’image, on est obligé à une intensité de jeu supplémentaire. C’est une grande création, même si on se cale sur la version originale. C’est un travail qui se met à ressembler à de la radio, la vraie, celle de la création !


La Gazette du doublage : Plus généralement, quels sont les acteurs auxquels vous prêtez votre voix ?

Eric Herson-Macarel : Il y a un acteur que je double assez régulièrement et que j’aime beaucoup, c’est Robert Carlyle. Lui, il fait rarement des méchants. C’est drôle mais dans le James Bond Le Monde ne suffit pas (1999) dans lequel il joue pourtant un méchant, cela a été un des seuls films dans lequel je ne l’ai pas doublé ! Moi qui double pourtant tout le temps les méchants et Robert Carlyle ! !

Par contre, j’ai doublé Carlyle dans The Full Monty, Carla’s Song, les films de Ken Loach et récemment dans Le 51ème état avec Samuel Jackson.


La Gazette du doublage : Pour conclure, avez-vous une actualité théâtrale ?

Eric Herson-Macarel : Oui, je vais jouer au mois de janvier (2003, NDLR) au théâtre de la tempête, à la Cartoucherie de Vincennes, dans la pièce « L’incroyable voyage », mise en scène par Philippe Adrien.


Retrouvez toutes les informations concernant le doublage sur le site web de La Gazette !




News publiée par Guillaume le Tuesday 15 May 2007 à 19:35



Soyez avertis par e-mail lorsqu'une
nouvelle news est postée sur le site !



Commentaires



Content Management Powered by CuteNews



Plan du site | Partenaires | Contact

Cats Vlog - Dangers Alimentaires - DesignDesk

HarryPotterForever.org : La magie en un seul clic ! SciFi-Universe : La référence francophone de la Science-Fiction Stargate-Fusion : Stargate Sg1, Stargate Atlantis, Stargate Worlds StarWars-Universe : Star Wars, Jedi, Sith, Séries TV

© 1999-2020 JamesBond-fr.com

James Bond & 007 © Eon Productions Ltd. & Danjaq, LLC.
007 Gun Symbol Logo © 1962 Danjaq, LLC and United Artists Corp. All Rights Reserved.
James Bond 007 and Other Bond-related Trademarks TM Danjaq, LLC and United Artists Corp. All rights reserved.