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De Jaws à Requin
De Jaws à Requin La version française de L’Espion qui m’aimait, reportage inédit de notre correspondant François Justamand.

L’année 1977 a marqué l’histoire du cinéma grâce à la sortie de La Guerre des étoiles et de Rencontres du troisième type , mais aussi grâce à James Bond, de retour sur les écrans après trois ans d’absence - au meilleur de sa forme - toujours sous les traits du sémillant Roger Moore. Le doublage de L’espion qui m’aimait a été réalisé par les plus grands noms de la profession et s’est même offert un des acteurs principaux du film…


DER STROMBERG, DER MICH LIEBTE

L’Espion qui m’aimait a été un des films les plus exceptionnels de la série, à plus d’un titre. D’abord parce qu’il a relancé une franchise qui commençait un peu à s’essouffler et puis aussi – du point de vue du doublage – car c’était la première fois qu’un acteur d’un des films de la série se doublait lui-même en français.

En effet, le célèbre acteur allemand Curd Jürgens (1915-1982), interprète de Karl Stromberg – le méchant de service, était polyglotte et parlait aussi bien l’anglais et le français que sa langue maternelle, l’allemand. Fort d’une carrière internationale qui l’avait amené, notamment, en France (Les héros sont fatigués, Les Espions…), il se prêtait volontiers au jeu du doublage. Avant lui, seule Claudine Auger aurait pu se synchroniser elle-même dans Opération Tonnerre (1965). Mais ce ne fut pas le cas car la belle Claudine était indisponible au moment du doublage du film à Paris. C’est une autre actrice française (assez connue à l’époque), Nicole Maurey, qui la remplaça.


SON NOM EST BERTRAND, CLAUDE BERTRAND

Claude Bertrand (1919-1986) était une véritable star du doublage. Cet homme d’imposante stature (1,90m), né à Gréasque dans les Bouches-du-Rhône, monta à Paris en 1943 pour devenir comédien. Il fit ses débuts sur les planches en 1946 et interpréta ensuite des seconds rôles pour la télévision et le cinéma, entamant parallèlement une fructueuse carrière dans le doublage. On a pu l’entendre sur John Wayne dans L’Ange et le mauvais garçon (1947), Orson Welles dans La Dame de Shanghaï (1948), Joseph Cotten dans Le Troisième Homme (1949)… Plus tard, il doubla aussi Burt Lancaster, Charles Bronson, Bud Spencer et tant d’autres ! Il excella aussi dans le doublage de dessins animés puisqu’on l’a entendu sur les personnages des Disney suivants : Baloo dans Le livre de la jungle (1967), O’Malley dans Les Aristochats (1970), Petit Jean dans Robin des bois (1973)…

Il a suivi avec beaucoup de talent Roger Moore depuis Le Saint jusqu’à Dangereusement Vôtre (1985), une de ses dernières interprétations.


LES ESPIONNES QUI L’AIMAIENT

Béatrice Delfe faisait, avec le court rôle de Felicca (Olga Bissera), ses débuts modestes dans l’univers de James Bond, le personnage mourant peu après un baiser de 007. Mais elle se rattrapera plus tard avec Cassandra Harris (la comtesse Lisl) dans Rien que pour vos yeux (1981) et surtout Maud Adams dans Octopussy (1983). On l’a, bien sûr, entendue aussi sur Farrah Fawcett dans la série Drôles de dames, Jessica Lange dans King Kong (1976)… Elle est également la voix habituelle de Diane Keaton dans la plupart de ses films.

Anie Balestra a doublé la réceptionniste en Sardaigne (Valerie Leon) qui sait amener les messages sur un si « beau plateau ». Anie Balestra est une comédienne que l’on entend souvent dans les séries et les films. Elle a notamment doublé Linda Thorson dans l’épisode de Chapeau melon et bottes de cuir intitulé Ne m’oubliez pas, Jamie Lee Curtis dans Un Fauteuil pour deux (1983), Stepfanie Kramer (Dee Dee McCall) dans la série Rick Hunter Inspecteur choc (1988), Robyn Douglass (Lieutenant Beaumont) dans la série Texas Police (1988), Patti Lupone (Elizabeth « Libby » Thatcher) dans la série Corky, un enfant pas comme les autres (1989-1993), Barbra Streisand dans Leçons de séduction (1996)…

Monique Morisi a, elle, prêté sa voix au personnage de Naomi (Caroline Munro). En voyant Naomi (ou son hors-bord ?), Bond ne peut s’empêcher de dire, avec un sourire en coin, à Anya qui l’accompagne : « Très belle embarcation et sublime carénage ! »


LA « BRITISH DREAM TEAM »

Le doublage étant loin d’être une science exacte, il y a eu parfois des changements de voix au niveau des personnages récurrents.

En ce qui concerne le trio vedette des services secrets britanniques, même si « M » (Bernard Lee) était généralement doublé par Serge Nadaud (1906-1995) - sauf dans Vivre et laisser mourir (1973) - dans L’Espion qui m’aimait, le responsable du doublage l’a remplacé par Jean Brunel (1897-1981) car Nadaud était sans doute indisponible. Brunel a continué à prêter sa voix à « M » dans le Bond suivant, Moonraker (1979).

De même pour Moneypenny, qui n’a pas, dans cet opus, la voix française habituelle de Lois Maxwell - celle de la merveilleuse Paule Emanuèle - mais celle d’une comédienne au timbre plus léger : Anne Kerylen, qui a aussi doublé Shelley Hack dans la série Drôles de dames (1978) et Lois Chiles dans Mort sur le Nil (1978).

Malgré tous ces changements, le vétéran Georges Hubert(1906-1983), voix de « Q » (Desmond Llewelyn) depuis le début de la série, mis à part Bons baisers de Russie (1963) et On ne vit que deux fois (1967), retrouvait le personnage pour la dernière fois.

Le général Gogol (Walter Gotell), qui faisait sa première apparition dans L’Espion qui m’aimait et allait devenir une figure familière de l’univers 007, est doublé ici par Yves Barsacq. On a vu cet acteur dans différentes comédies des années 50 et 60, sur le grand ou le petit écran. Au doublage, il a prêté sa voix à Gene Hackman dans Les Coulisses du pouvoir (1985), Richard Liberty dans Le Jour des morts vivants (1985), Anthony Hopkins dans Aux bons soins du docteur Kellogg (1994), et à beaucoup de seconds rôles.


 

AU SERVICE SECRET DE…

Pour ce qui est des autres rôles du film, Vernon Dobtcheff (Max Kalba), pourtant polyglotte, comme Curd Jürgens, ne s’est pas doublé lui-même ; c’est Jacques Ebner qui lui prête ici sa voix. On a entendu ce un comédien que l’on a entendu sur John Hillerman (Higgins) dans la série Magnum (1981) et sur le personnage du docteur Watson (David Burke dans la 1ère saison et Edward Hardwicke dans le restant des épisodes) de la série Les Aventures de Sherlock Holmes (1988) avec Jeremy Brett.

Dominique Paturel, comédien bien connu au théâtre et à la télévision, a doublé le commandant Carter (Shane Rimmer) du sous-marin l’USS Wayne. Paturel a fait bon nombre de doublages. Dans les années 60, il a été la voix habituelle de Dean Jones dans les films de Disney, de Michael Caine, notamment dans Ipcress Danger immédiat (1965) [il le double toujours maintenant, NDLR], mais aussi celle de Frank Sinatra dans Tony Rome est dangereux (1967) et sa suite La Femme en ciment (1968), et dans les années 80 celle de Larry Hagman (J.R. Ewing) dans la série Dallas (à partir de 1981 sur TF1) ou encore de Robert Wagner dans L’amour du risque.

Quant à Michel Bardinet, il a prêté sa voix élégante au Sheik Hossein (Edward de Souza), le contact de Bond en Egypte qui l’accueille sous sa tente en plein désert : « Puisse l’hospitalité de mon modeste logis suffire à vos exigences honorées ». Michel Bardinet fut plus tard la voix française de l’insupportable Charlie Hungerford (Terence Alexander) dans la série Bergerac (1981-1991), classique de la télévision britannique.


« KIRK DOUBLAGE » AUX COMMANDES

Le directeur artistique de cette VF est Roger Rudel, une pointure du doublage. Issu du Conservatoire, il a commencé à jouer au théâtre et à faire du doublage à la libération. A partir des années 50, il fut ponctuellement la voix de nombreuses stars : Gene Kelly, Frank Sinatra, Richard Widmark, Jack Lemmon… et surtout la voix habituelle de Kirk Douglas dans la plupart de ses films. A la télévision, il a doublé le personnage de Rip Masters dans Les Aventures de Rintintin (1960) et Jim, le héros du Virginien (1966). On se souvient aussi de lui pour son excellent doublage du truculent Ross Martin alias Artemus Gordon dans Les Mystères de l’Ouest (1967).

Roger Rudel a souvent œuvré dans le doublage des Bond puisqu’il a prêté sa voix à Robert Shaw (Red Grant) dans Bons Baisers de Russie (1963), Rick Van Nutter (Felix Leiter) dans Opération Tonnerre (1965) et Charles Gray (Henderson) dans On ne vit que deux fois (1967). Sur L’espion qui m’aimait , il double Shandor (Milton Reid), l’acolyte peu loquace de Requin, pour deux répliques : « Oui, monsieur ! » et « Pyramides… ». En effet, il arrive souvent que les chefs de plateaux (des comédiens, la plupart du temps) doublent des petits rôles pour compléter la distribution vocale. C’est en 1973 qu’il devint directeur artistique à la S.P.S. (Société Parisienne de Sonorisation), pour laquelle il dirigea plus de trois cents doublages, dont les Panthère Rose, les James Bond avec Roger Moore et même Tuer n’est pas jouer (1987) avec Timothy Dalton !


L’HOMME AU STYLO D’OR

L’Espion qui m’aimait, ainsi que tous les autres Bond avec Moore, Dalton et les trois premiers avec Brosnan ont été adaptés en français par Georges Dutter. Il a commencé sa carrière de dialoguiste de doublage à la 20th Century Fox France, en adaptant dans la langue de Molière quelques grands succès du cinéma américain : Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines (1965), L’Express du Colonel Von Ryan (1965)… Il a travaillé sur ces films avec le grand auteur de doublage, Jacques Monteux, son parrain à la SACEM.

Dutter nous a confié que pour les Bond, après l’étape de l’adaptation – et avant l’enregistrement avec les comédiens – il lui fallait travailler avec un superviseur américain pour relire tous les dialogues et les modifier le cas échéant. Il se souvient que le directeur technique des Artistes Associés, M. Boisset, était son interlocuteur privilégié. Il lui fournissait les premiers éléments de films nécessaires à l’adaptation.

Georges Dutter a maintenant 74 ans. Il nous a précisé qu’il a pris sa retraite à la fin des années 90 [sa dernière adaptation pour Bond a été pour Le Monde ne suffit pas (1999), NDLR] . Ses meilleurs souvenirs d’auteur de doublage (et parfois sous-titrage) sont : Annie Hall (1977), Apocalypse Now (1979), Good Morning Vietnam (1988)… Un autre de ses meilleurs souvenirs a été de s’occuper du sous-titrage du film Cris et chuchotements (1973) de Ingmar Bergman. Lors de la projection de contrôle, François Truffaut – un ami du producteur – était présent. Visiblement ému par le film, il a félicité Dutter pour la qualité de son travail.

Notons que « Jaws » (le personnage interprété par Richard Kiel) qui signifie « mâchoires » en anglais et était le titre original des Dents de la Mer de Steven Spielberg, a nécessité une traduction plus appropriée et intelligente, ce qui fut chose faite avec « Requin », une trouvaille du plus bel effet.

Depuis Roger Moore et L’Espion qui m’aimait, les films de James Bond ont su évoluer pour conquérir un nouveau public, tout en restant fidèles à la tradition du grand spectacle familial de qualité. Le doublage a su, lui aussi, rester fidèle à cette tradition de qualité : un casting vocal adapté et une adaptation française subtile des différents jeux de mots inhérents à ces films.


Remerciements : Georges Dutter et François Justamand
© La Gazette du doublage




News publiée par Guillaume le 7 Oct 2007



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